BC Institute Against Family Violence Newsletter
Dedicated to the Elimination of Family Violence Through Research and Information
small fontslarge fonts 

La violence familiale et les femmes âgées

par M.J. (Greta) Smith et Jill Hightower

On pense souvent que la violence infligée aux femmes dans un contexte familial ne touche que les jeunes femmes et que les agressions cessent à mesure que les femmes vieillissent. Mais les cas de femmes âgées qui cherchent à échapper à des situations de violence prouvent le contraire. Les maisons de transition sont bien placées pour témoigner de la grande variété d'âges (de l'adolescence à 90 ans et plus) des femmes traumatisées par la violence et ayant besoin d'abri et de soutien. La violence frappe tous les groupes d'âge; cependant, chacun d'eux requiert des services radicalement différents.

Au printemps 1999, la société des maisons de transition de la Colombie-Britannique et du Yukon a mis en route un projet d'évaluation des besoins des femmes âgées victimes de violence pour trouver des solutions qui leur conviendraient sur le plan du logement et du soutien. La première phase du projet consistait à étudier les services offerts aux femmes âgées dans les maisons de transition et d'hébergement et les moyens d'aider ces organismes à les dispenser.

Les résultats du sondage ont clairement fait ressortir que les femmes de plus de 60 ans ne représentaient qu'un faible pourcentage (moins de 2 % en général) de l'ensemble des résidantes de maisons de transition et d'hébergement. Il en allait de même pour les femmes âgées entre 50 et 59 ans. Seulement 4 % des maisons d'hébergement ayant participé au sondage offraient des services spécifiques aux femmes victimes de violence appartenant à ce groupe d'âge.

D'abord et avant tout, il faut préciser que toutes les femmes ainsi que leurs enfants ont accès aux maisons de transition et d'hébergement, quel que soit leur âge, religion ou origine ethnique. Cependant, la réalité de la vie quotidienne veut que ces maisons, dans leur ensemble, ne soient souvent pas un lieu où les femmes âgées se sentent à l'aise.

Sur le plan du bâtiment, certaines maisons ne répondent pas aux besoins des femmes âgées. Par exemple, dans beaucoup d'entre elles, les chambres se trouvent à l'étage et les résidantes n'ont aucun endroit tranquille où se retirer pour se reposer. Leur structure sociale peut aussi contribuer à un certain inconfort. En effet, partager un espace avec des enfants en proie au stress et à l'hyperactivité peut être épuisant pour des femmes de 60 ans et plus. Souvent, le personnel manque de temps ou d'expérience auprès des personnes âgées pour fournir à ces femmes l'attention et le soutien supplémentaire dont elles ont besoin tous les jours.

La seconde phase de l'étude a donné lieu à des groupes de discussion qui réunissaient des membres de la communauté dans le but d'échanger leurs points de vue sur les besoins des femmes âgées victimes de violence et les lacunes des services leur étant offerts.

Les participants se sont tout d'abord attardés à identifier les principaux problèmes qu'une femme âgée éprouve lorsqu'elle essaie de se tirer d'une situation de violence. Plusieurs participants ont fait remarquer que l'abandon de la maison et des biens personnels, y compris les animaux familiers, n'est pas une solution acceptable pour certaines femmes. Pour d'autres, le manque d'encouragement de la part de leurs enfants, maintenant adultes, renforce leur incapacité de partir. En effet, certains enfants pensent que leur mère, ayant supporté cette situation jusqu'à maintenant, devrait continuer de s'en accommoder.

L'exploitation financière peut être un autre facteur qui retient la femme dans un milieu violent. C'est souvent le cas lorsque l'agresseur est un enfant adulte dont la mère dépend. Tout comme les jeunes femmes, les femmes âgées ont besoins de sécurité financière. Une femme qui n'a jamais travaillé peut se retrouver sans réserves propres. Si elle à moins de 65 ans, sa situation peut être encore plus grave du fait qu'elle ne peut recevoir de prestation de retraite et est souvent jugée trop vieille pour occuper un emploi rémunéré. Plus inquiétante encore est la situation des femmes immigrantes qui - souvent - parlent peu (ou pas) une des deux langues officielles et ne disposent d'aucune ressource financière. Si leurs enfants les ont fait entrer au Canada au cours des dernières années, par exemple, elles ne peuvent bénéficier du Régime de pensions du Canada.

Quand on leur a demandé à qui s'adressent les femmes âgées qui cherchent à obtenir de l'aide, les participants ont répondu à l'unanimité que, la plupart du temps, elles ne demandent pas d'aide. Beaucoup d'entre elles pensent que les maisons de transition et d'hébergement sont des abris pour jeunes femmes. Tout comme leurs cadettes, les femmes âgées peuvent ressentir de l'embarras ou de la honte, ou avoir peur des représailles de leur conjoint si elles le quittent. Les participants s'entendaient aussi sur le fait que, dans beaucoup de cas, une tierce personne risque de détecter l'abus avant même que la femme n'en fasse part à une aide potentielle. Dans notre groupe, un pair agissant en qualité de conseiller a fait remarquer que les voisins et amis sont souvent au fait des abus mais n'interviennent pas nécessairement. D'autres participants ont affirmé que, contrairement aux jeunes femmes, on ne demande habituellement pas aux femmes âgées si elles sont victimes de violence lors d'examens médicaux en salle d'urgence ou en cabinet. D'autres ont allégué que les professionnels de la santé n'intervenaient que s'il y avait des marques de violence évidentes. De l'avis général, la police n'est pas utile puisqu'elle semble adhérer aux stéréotypes courants concernant l'âge.

Selon les participants, les mesures essentielles à prendre pour améliorer l'aide aux femmes âgées victimes de violence consistent à rompre l'isolement géographique et social et à faciliter l'accès à l'information sur les services disponibles. L'isolement peut se produire tant en milieu rural qu'urbain. Cependant, l'isolement géographique représente un grave facteur chez les femmes des communautés situées hors du Lower Mainland où les services sont moins accessibles. Quant aux femmes âgées immigrantes, la situation est critique.

Dans de nombreux cas, les participants s'entendaient pour dire que les maisons de transition offrent la meilleure solution possible en ce qui a trait à l'hébergement d'urgence. L'information, le soutien et l'accès au système fournis dans le cadre sécuritaire de ces maisons donnent aux femmes l'occasion de réfléchir aux options qui s'offrent à elles. Vivre dans ces maisons leur permet aussi d'obtenir le soutien d'autres femmes dans la même situation. Certaines maisons nécessiteraient toutefois des transformations pour les rendre plus accessibles aux femmes âgées, notamment une chambre tranquille ainsi qu'un appartement pour les personnes en perte d'autonomie. L'évaluation des maisons de transition et d'hébergement doit se faire dans l'optique de ces changements. Il est aussi fondamental d'offrir à leur personnel une formation complémentaire sur le vieillissement et l'aide aux personnes âgées en situation de crise.

Outre la disponibilité des maisons d'hébergement, les participants étaient tous d'avis qu'il demeure essentiel d'offrir des services d'extension prodigués par des conseillers compréhensifs, bien informés et non bureaucratisés. La persistance des médias à dépeindre la violence envers les femmes comme un problème propre aux jeunes femmes fait de l'éducation du public un facteur important. Enfin, le droit de la personne à l'autonomie et à la confidentialité doit être préservé.

Les résultats de cette étude appuient notre position selon laquelle les abus se poursuivent sur les femmes d'âge avancé. Si certaines sont victimes de violence depuis longtemps, il peut s'agir pour d'autres d'un nouveau phénomène dans le cadre de leur relation avec un nouveau partenaire ou un enfant adulte. Un tel problème mérite une attention continuelle, qu'il recevra de la société des maisons de transition de la Colombie-Britannique et du Yukon. De plus, des groupes de discussion réunissant des femmes âgées de divers milieux se tiendront sous peu hors du Lower Mailand. Nous espérons qu'ils donneront lieu à des changements tant au niveau politique que pratique.

Pour obtenir plus de détails sur les premières phases de l'étude, veuillez consulter : HIGHTOWER J., M.J. SMITH, C.A. WARD-HALL et H.C. HIGHTOWER. " Meeting the Needs of Abused Older Women? A British Columbia and Yukon Transition House Survey ", Journal of Elder Abuse and Neglect, vol.11, no 4, p. 99